Bonne fête à toutes les couturières

Sainte Catherine, faite que je me marie.
Sainte Clara, avec un soldat.
Saint Martin, je le désire châtain.
Saint Grégoire, qu’il n’aime pas boire.
Sainte Germaine, que ce soit moi qui le mène.
Extrait de l’article sur Sainte Catherine, de la bibliothèque municipale de Lyon (ICI)La Catherinette , reine d’un jour !
Naissance de la Catherinette
A la fin du XIXe siècle , une nouvelle figure est née : la « catherinette ». C’est en 1882 qu’est attesté le sens de jeune fille célibataire, âgée de vingt-cinq ans, qui coiffe sainte Catherine .Dans le Larousse de 1948, le terme de Catherinette désigne une « jeune modiste » « jeune couturière » qui coiffe sainte catherine l’année de ses vingt-cinq ans
Dans la presse parisienne l’emploi du terme se fait plus prégnant au début du XXe siècle et suit en cela l’essor progressif des festivités.
Durant ces mêmes années »les catherinettes » devient l’expression générique pour qualifier toutes les couturières qui fêtent leur sainte patronne. Que se cache-t-il derrière ce terme apparemment désuet, finalement galvaudé ?
Portrait d’une femme moderne
Le portrait de la catherinette est loin de celui de la vieille fille, sa parente historique. Bien que les stéréotypes persistent , son portrait est plutôt celui d’une figure ambivalente dont les contours sont suffisamment flous pour laisser la porte ouverte aux préférences, laisser libre-cours à l’imagination.
A Paris, ce qui est sûr, c’est qu’elle est très vite placée du côté des midinettes, des ouvrières de l’aiguille et, plus largement, de toutes les jeunes Parisiennes qui travaillent. D’ailleurs son ascension corespond à celle du milieu de la mode…La constante de ce portrait : le célibat.
La catherinette est une célibataire en quête de l’âme soeur ,du moins d’un compagnon. La Sainte Catherine apparaît comme une porte de sortie, celle qui aidera à la rencontre mais les circonstances ne sont pas toujours propices à son aboutissement : les amoureuses abandonnées choisissent par dépit le renoncement à la vie conjugale.
Pendant la guerre de 14-18 , l’absence des hommes partis au front transforme les jeunes femmes en « catherinettes forcées »
Communes et parfois romancées, ces histoires font résonner toute l’importance sociale du mariage dans la société française. La Sainte Catherine appartient à ces rituels qui préparent au mariage ou qui sonnent la fin de son possible.
La Sainte Catherine se présente également comme un enterrement de vie de jeune fille, un « adieu à la vie de garçon à l’usage des jeunes filles ». Ce rite de passage marque alors l’obligation de tirer sa révérence à sa vie passée, aux amours perdus. Et pour les catherinettes qui se prêtent à ce jeu-là et adhèrent à cette interprétation, l’avenir a quelque chose d’amer et de bien redoutable. Le travail vient pallier le manque affectif.
Toutefois , toutes ne se reconnaissent pas dans cette vision sociale de l’existence..Elles ont choisi un autre mode de vie , sans époux mais parfois avec un amant ou un concubin.
Au début du XXe siècle des féministes revendiquent déjà l’art d’assumer son célibat. La sainte Catherine n’y change rien.
Demoiselles des PTT, dactylographes, couturières, modistes, vendeuses…elles sont des générations de femmes que le travail a émancipées, de femmes plus libres,qui ont des amies avec qui elles sortent, qui choisissent leurs fréquentations, qui savent s’amuser collectivement, comme il se doit le 25 novembre.

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Un merveilleux livre à découvrir d’Anne Monjaret
Les Catherinettes en fête
Le mot de l’éditeur
Vous avez eu vingt-cinq ans cette année et vous n’êtes pas mariée ? Alors, vous êtes une catherinette !
À partir du XIXe siècle, la fête de sainte Catherine, le 25 novembre, devient un événement festif majeur pour les jeunes filles célibataires ayant vingt-cinq ans.
Le mot catherinette rappelle non seulement cette fête mais aussi le combat des femmes des deux derniers siècles pour leur indépendance et c’est dans le milieu professionnel que la Sainte-Catherine prend de l’extension. Si les catherinettes sont ainsi les reines d’un jour, c’est bien parce qu’elles sont un symbole fort.
Les très nombreuses photographies présentées dans l’ouvrage évoquent le quotidien de toutes ces jeunes filles actives, modernes avant l’heure. Elles témoignent de l’ampleur que la fête a longtemps prise et qui revient aujourd’hui à la mode, par le biais d’Internet… et du livre.
Ethnologue, chargée de recherches au CNRS, Anne Monjaret est une spécialiste des cultures professionnelles et féminines en France. Elle a publié de nombreux ouvrages et articles sur ces thèmes et sa thèse de doctorat portait précisément sur la fête de sainte Catherine du XIXe siècle à nos jours.